Chine - États-Unis - Corée du Sud : La guerre des puces, c’est fini !
Il n’a fallu que quatre ans après le prononcé des sanctions informatiques infligées à la Chine par Donald Trump pour que Huawei annonce la mise sur le marché de son portable haut de gamme 5G en technologie 7 nanomètre, Mate60 Pro, et qu’Apple et son IPhone 15 vedette se voient écartés du marché Chinois. Quatre ans pour que l’administration américaine capitule et laisse le champ libre à une industrie informatique chinoise en plein essor et que l’on pourrait voir rejoindre l’industrie américaine dès 2025.
ExaFLOP : 1018 FLOPS - FLoating point Operations Per Second (opérations à virgule flottante par seconde) - Le nombre de FLOPS est une mesure commune de la vitesse d’un système informatique
FAITS
8 septembre 2023 : Huawei prend les États-Unis par surprise en annonçant la mise sur le marché du téléphone portable Mate 60 Pro+ dont les puces en technologie 7 nanomètre (7 milliardièmes de mètre, la dimension d’un transistor) prennent en charge la 5G. Réalisée par une entreprise chinoise, la Semiconductor Manufacturing International Corporation (SMIC), les puces Kirin 9000s qui équipent ces téléphones n’accusent guère plus de cinq ans de retard sur les puces les plus avancées du marché1.
ENJEUX
La crédibilité des sanctions américaines face à la Chine.
Le prix à payer pour l’échec des sanctions portant sur les semi-conducteurs : une percée irrésistible de l’offre de la puissance informatique chinoise.
COMMENTAIRES PROSPECTIFS
Sans s’égarer dans la technique, il convient de rappeler ce qu’est la stratégie chinoise. La ligne est donnée par le président de Huawei, Eric Xu Zhijun : « Pour stimuler le développement industriel et réduire l’écart avec les concurrents étrangers, la Chine se doit de construire sans relâche un écosystème durable de l’industrie avec une utilisation à grande échelle des produits et technologies nationales et pour la conception des application des architectures et des jeux d’instructions des solution à distance des législations américaines2. »
Dès à présent des résultats sont là. Le processeur Kirin 9000s, conçu par la société HiSilicon, est doté d’une architecture avancée à 12 cœurs (au lieu des architectures courante à 8 cœurs) qui apporte une augmentation substantielle de la puissance de traitement. Son système d’exploitation, HarmonyOS 4.0 a pour lointaine origine une version open source modifiée d’Android. Le Mate 60 Pro sera le premier modèle de téléphone au monde doté d’une fonction d’appel direct du système satellitaire de pointe Tiantong-1. Une capacité nécessaire pour pouvoir communiquer dans les régions isolées ou semi-désertiques du pays.
Les déconvenues américaines
Les sanctions promulguées en 2019 par le gouvernement américain, sous la présidence de Donald Trump se trouvent annihilées dans les faits. Elles devaient interdire à la Chine d’accéder aux technologies avancées des semi-conducteurs et s’assurer que l’industrie électronique chinoise accuserait au moins dix ans de retard.
Pour masquer ce cruel contretemps, les autorités américaines ont mis en doute la réalité de la percée de Huawei. Si bien qu’à l’occasion de son voyage en Chine, la secrétaire d’État au commerce, Gina Raimondo, va jusqu’à déclarer « le gouvernement américain n’a aucune preuve que [Huawei] puisse fabriquer à l’échelle sept-nanomètre. » Et d’ajouter : « Même si Huawei a trouvé un moyen de produire des puces de 7 nm compatibles avec la 5G, les États-Unis ne pensent pas que l’entreprise soit prête à produire ces puces en masse pour que cela soit significatif3. » Mais elle se trouve contredite par Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale, qui annonce le lancement d’une enquête pour comprendre comment le Huawei Mate 60 Pro a pu voir le jour.
Il ne fait que répondre aux industriels américains qui ne font pas mystère de leur inquiétude. Car la principale conséquence de l’échec des sanctions est que l’industrie électronique chinoise est libre de se positionner en concurrence directe face à ses homologues américains.
Dès à présent, Huawei est à l’attaque. Ainsi que le relève Liu Dingding, un analyste basé à Pékin : « La stratégie de Huawei a consisté à mettre ses nouveaux téléphones sur les étagères juste avant l’événement de lancement clé d’Apple. » De plus ses commerciaux peuvent s’appuyer sur une argumentation patriotique, le Mate 60 Pro est un cadeau plus « présentable » que l’iPhone, et les personnes qui l’utilisent sont fières de leur pays. Ainsi les portables haut de gamme d’Apple se trouvent soudain confrontés au rebond de Huawei. Les experts s’accordent pour prédire la perte d’un tiers du marché chinois de l’iPhone 4.
L’offensive chinoise couronnée de succès
Ces manœuvres ont été immédiatement couronnées de succès puisque le Department of Commerce capitulait. Le 9 octobre 2023, Global Times, reprenant l’agence Reuter, pouvait annoncer que les filiales chinoises de deux entreprises sud-coréennes Samsung Electronics et SK Hynix se trouvaient qualifiées « validated end user ». Un agrément capital pour ces deux groupes qui avaient investi des milliards de dollars dans leurs filiales chinoises. Samsung fabrique environ 40 % de ses puces flash NAND dans son usine de Xi’an, tandis que SK Hynix fabrique environ 40 % de ses puces DRAM à Wuxi dans la province de Jiangsu et 20 % de ses puces flash NAND à Dalian dans la province du Liaoning. L’autorisation parallèle d’exportation d’équipements de production devrait permettre d’étendre leurs unités de production géantes.
Et les commentateurs chinois d’observer que la guerre technologique voulue par Washington a finalement donné une nouvelle vigueur à la résilience chinoise. « Les sanctions américaines ont pu nous causer quelques problèmes à court terme, mais ces guerres ne leur ont été finalement pas été favorables. » La réapparition des smartphones Huawei après trois ans de silence forcé suffit à prouver que les répressions américaines ont échoué. Les décideurs de Washington devraient s’interroger : veulent-ils s’automutiler dans une lutte à mort ? N’est-il pas possible de trouver un espace de coopération gagnant-gagnant à l’échelle mondiale5 ?
D’autant que d’autres combats s’annoncent.
- Préparant l’arrivé de la technologie 6G, Huawei, première au monde, a dévoilé l’architecture de réseaux « 5.5G » qui, grâce à des innovations dans les technologies à large bande, multifréquences, multi-antennes, intelligentes et vertes, visent à décupler les capacités des réseaux 5G actuels6.
- Dès à présent, Chine et Amérique se défient non pas seulement sur leurs offres d’équipements, mais en ce qu’ils représentent globalement en termes informatiques. Un nouveau domaine d’affrontement. Pékin y pousse tous ses feux pour développer ses infrastructures et sa puissance de calcul. Aujourd’hui, seconde derrière les États-Unis, la Chine entend faire progresser sa puissance informatique de 50 % pour dépasser les 300 EFLOPS* d’ici à 2025, égalant alors les États-Unis7.
L’échec annoncé des sanctions
Oubliées donc les sanctions qui se sont révélées ineptes. Ce qui pouvait être prédit dès leur énoncé.
En tout temps, les interdits technologiques prononcés à l’égard de la Chine se sont révélés contre productifs.
- Quand l’URSS met fin à son assistance nucléaire, les Chinois prennent leur élan nucléaire au début des années 1960 et testent leur première charge atomique en 1964.
- En 1993, l’administration Clinton peut bloquer l’accès de la Chine à la technologie des satellites. Peu importe. Aujourd’hui, plus de cinq-cents satellites chinois sont en orbite.
- Même revers avec le GPS. La Chine ne se voit accorder qu’un accès restreint au système en 1999, mais dès 2003, la première version d’un système concurrent BeiDou est opérationnelle et depuis a rejoint sinon dépassé ses concurrents.
D’où la leçon qu’il faut tirer du dernier épisode de la saga des sanctions.
Contre un grand pays innovant comme la Chine, dotée d’ingénieurs de haut niveau qui se comptent en centaine de mille, il ne peut y avoir de blocus technologiques durables. Cela est également vrai pour des pays de moindre surface, mais qu’une volonté farouche anime, l’Iran et la Corée du Nord sont de ceux-là.
Des sanctions peut-être, mais puisqu’elles sont intrinsèquement fragiles, comme des clés pour ouvrir des négociations.
Edouard Valensi, Asie21
- SMIC, which Made the Kirin 9000S, is Just Four Years Behind The Most Advanced Node, U.S. Sanctions Were Aimed To Limit Capabilities By 10 Years, Wccftech., 30/09/2023
- Huawei calls for massive use of home grown technology and chips to help construct sustainable computing ecosystem ; Global Times;17/09/2023
- US government official says HUAWEI could be bluffing on Mate 60 Pro chip scale ; Android Authority ;20/09/2023
- Apple’s new products face challenges from Huawei’s rebound, high-end mobile phone sector, Global Times/12/09.2023. How should Raimondo accurately understand Huawei’s new presales, Global Times, 20/09/2023
- Huawei strengthens push for 5.5G, says network capacity to increase 10 times, Global Times, 12/10/2023
- China aims to increase computing power by more than 50% by 2025; Global Times, 09/10/2023