Chine - Europe : À l’assaut de la Chine

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Avec la publication, le 1er mars 2024, de la « Résolution du Parlement européen sur la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune », le Parlement se fait le porte-parole de la Commission européenne et de son haut représentant pour les affaires étrangères pour s’en prendre à la Chine dans un réquisitoire sans nuances de plus de mille quatre cents mots. Il va jusqu’à mettre en cause le principe jusqu’ici accepté d’une seule Chine en affirmant que ni Taïwan ni la Chine ne sont subordonnés l’un à l’autre. Des propos de matamore que la Chine, pour l’heure, ne prend pas au sérieux. Souhaitons qu’elle en reste là. Car c’est sans armes, à découvert que l’Europe veut engager le fer. Que la Chine prenne ces déclarations au sérieux, qu’elle les sanctionne, et le prix à payer pour nos économies risque de se révéler désastreux.


FAITS


Le 1er mars 2024, à la suite de la publication des paragraphes relatifs à la Chine de la « Résolution du Parlement européen sur la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune », la Mission chinoise auprès de l’Union européenne a exprimé sa plus vive opposition et sa condamnation sans réserve du Parlement européen. Elle fait savoir que la Chine est « extrêmement choquée » par les déclarations scandaleuses du Parlement européen qui affirme : « ni Taïwan ni la Chine ne sont subordonnés à l’autre1. »


ENJEUX


Le coût d’une défaite inévitable si une Europe inconséquente s’en prend à la Chine sans armes et à découvert.


COMMENTAIRES PROSPECTIFS


Dans l’exposé de la politique étrangère européenne, le Parlement européen fait état de ses profondes préoccupations justifiées par « l’affirmation de soi de plus en plus forte dont fait preuve la Chine, notamment par une politique de coercition économique, l’un des principaux défis géopolitiques du XXIe siècle ».


Un attendu qui annonce tout de suite la condamnation :

  • des actes de guerre hybride, tels que les cyberattaques, les campagnes de désinformation et la surveillance ou l’espionnage des citoyens chinois au sein de l’Union ;
  • du système de travail forcé et de violation des droits de l’homme qui pourraient constituer des crimes contre l’humanité au Tibet et en Mongolie intérieure, un risque élevé de génocide au Xinjiang ;
  • des violations par la Chine de ses engagements internationaux, relatifs aux droits civils et politiques qui régissent le statut « un pays, deux systèmes ». Au premier chef, les déclarations communes sino-portugaises et sino-britanniques à propos du statut autonome de Macao et de Hong Kong. En particulier les atteintes à l’autonomie de Hong Kong et la répression des figures de la lutte pour l’autonomie de la région administrative spéciale.

Là n’est cependant pas le principal. L’Union européenne s’était engagée en 1975 à reconnaître qu’il n’y avait « qu’une seule Chine dans le monde » lors de l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine. Elle revient sur cet engagement en condamnant les provocations militaires continues de la Chine à l’encontre de Taïwan, et en allant jusqu’à demander aux États membres de l’Union que toute tentative de modification unilatérale du statu quo dans le détroit de Taïwan, notamment par la force, ne soit pas acceptée et ait un coût élevé.

Mais surtout, au paragraphe 119 de sa résolution :

  • en condamnant les déclarations du président chinois selon lesquelles la Chine ne renoncera jamais au droit d’utiliser la force contre Taïwan, et en justifiant cette position quand elle « prend note que ni Taïwan ni la Chine ne sont subordonnés l’un à l’autre » ;
  • en affirmant que seul le gouvernement taïwanais démocratiquement élu peut représenter le peuple taïwanais sur la scène internationale et en invitant la Commission et les États membres à soutenir la participation significative de Taïwan aux organisations internationales telles que l’OMS, l’Organisation de l’aviation civile internationale et la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques2.

Un réquisitoire sans nuances de plus de 1400 mots.

C’est très modérément que le Pékin répond à ce qu’il pourrait prendre comme une provocation.
Seul l’officieux Global Times reprend des sources étrangères qui interprètent les déclarations du parlement européen comme le « signal d’un changement significatif dans le soutien apporté à Taïwan » et qui relèvent l’emploi de termes jamais utilisés auparavant pour affirmer que Taïwan n’est pas subordonné à la Chine.
La mission chinoise auprès de l’UE s’abstient de menacer quand elle se contente de déclarer : « En prônant ouvertement “une Chine, un Taïwan”, les termes de la résolution du Parlement remettent en cause le principe d’une seule Chine, promeuvent “l’indépendance de Taïwan” et révèlent l’ignorance de l’histoire et la sombre intention de politiciens européens d’entraver la réunification de la Chine. Le droit international est gravement bafoué ; il est porté atteinte à la souveraineté de la Chine et c’est là une immixtion dans ses affaires intérieures. »

En même temps, le Global Times, dénigrant, observe que nombre des résolutions du parlement européen n’ont pas d’effet juridique, ce qui le rend enclin à adopter des positions extrêmes sur les politiques chinoises. Quelques grains de sable donc. Mais s’il en était autrement, si ces résolutions devaient se concrétiser, se situant au-delà des « lignes rouges », elles pourraient constituer un événement très grave qui affecterait durablement les relations entre la Chine et l’Europe.

Il faut espérer que Pékin en restera là. Car à l’inverse des États-Unis dont elle s’inspire, c’est sans armes, sans moyen de riposte, à découvert que le Parlement européen, porte-parole de la Commission européenne et de son haut représentant pour les affaires étrangères, veut engager le fer contre la Chine. Que la Chine prenne ces déclarations au sérieux, et le prix à payer pour nos économies risque de se révéler désastreux.

Edouard Valensi, Asie21

  1. China hits back at EP report’s “outrageous” remarks on Taiwan Island, Global Times, 01/03/2023.
  2. Résolution du Parlement européen du 28 février 2024 sur la mise en œuvre de la politique étrangère et de sécurité commune.

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