Chine - Hongrie : Un portail pour la Chine
L’accueil hors de l’ordinaire qui a été réservé par toute la Chine au Premier ministre de la Hongrie, Viktor Orbàn, lors du troisième forum international de l’initiative « la ceinture et la route » a une explication : Pékin salue une Hongrie malmenée par l’Europe et qui a choisi de collaborer avec la Chine pour assurer son développement. Nombre des pays des PECO la suivent, offrant à la Chine un point d’ancrage solide en Europe. Inconscients, nous les laissons manœuvrer.
BRI : Belt and Road Initiative, l’initiative « la ceinture et la route »
PECO : Pays de l’Europe centrale et orientale – Bulgarie, Croatie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Slovaquie, République tchèque
FAITS
La participation du Premier ministre Viktor Orbán au sommet chinois « One Belt One Road » a fait l’objet d’une couverture exceptionnelle par la presse chinoise qui témoigne de l’importance donnée à la participation de la Hongrie. S’agissant d’un petit pays, qui n’est qu’un modeste partenaire économique de la Chine, il convient donc de trouver une explication à cette mise en vedette. Ne serait-ce que parce que la Hongrie était le seul pays de l’Union européenne présent à cette fête.
ENJEUX
Un point d’entrée complaisant pour les entreprises et la technologie chinoise dans l’Union européenne.
Une voix amie de la Chine au Conseil européen.
COMMENTAIRES PROSPECTIFS
Toute la presse chinoise, et notamment Global News, a donné un éclat particulier à la participation du Premier ministre hongrois Viktor Orbàn au troisième forum international de l’initiative « la ceinture et la route », la plus grande plateforme de coopération internationale au monde.-Plus de 80 pays étaient représentés, et des centaines d’accords qui couvrent l’intelligence artificielle, la biomédecine, l’agriculture moderne, ainsi que les services financiers, ont été signés.
La Hongrie à l’honneur
Mais comment expliquer cette place offerte dans les médias chinois à la modeste participation hongroise ? Son Premier ministre Viktor Orbàn est reçu comme un hôte de marque par Xi Jinping qui l’accueille en « ami de la Chine1 ».

Voilà qui peut surprendre, car rien ne distingue la Hongrie ; elle n’est pas un gros client, ni un des pays où la Chine a le plus investi.
Cependant, vu de Budapest, la Chine est omniprésente en Hongrie. Elle est son premier partenaire économique hors d’Europe, et elle est présente dans deux projets majeurs pour la Hongrie de demain.
- La construction de la ligne de chemin de fer de 183 km en Serbie et 159 km en Hongrie se poursuit pour une mise en service récemment confirmée pour la mi-2025. Le temps de trajet entre les capitales hongroise et serbe passera de 8 à 3 heures. En 2023, a eu lieu la signature par la Changchun Railway Vehicles Co. et le ministre de la Construction, des Transports et des Infrastructure de Serbie, d’un contrat pour la fourniture de cinq trains à grande vitesse qui conforte le projet. Pour la première fois, des trains chinois rouleront en Europe2.
- Un investissement de 7,6 milliards de dollars du fabricant de batteries chinois Contemporary Amperex Technology Co. Avec ce projet, la présence chinoise en Hongrie va doubler. Sur un immense terrain de 224 hectares, un complexe industriel va d’abord pouvoir approvisionner les constructeurs automobiles présents en Hongrie (Mercedes Benz, BMW, et VW). Puis devrait donner naissance à un cheval de Troie qui permettra à la Chine de s’insérer dans le complexe industriel automobile européen, comme la législation communautaire le permet.
Plus encore, des relations durables devraient s’instaurer entre Pékin et Budapest avec la signature d’un accord intergouvernemental de coopération s’appuyant sur l’initiative « la ceinture et la route ».
Sans attendre, de plus en plus d’entreprises chinoises considèrent la Hongrie comme une passerelle vers le marché européen et y établissent des succursales3.
On collabore
Depuis la signature en 2015 de l’initiative sur le renminbi à Budapest, les échanges financiers entre les deux pays n’ont cessé de progresser. La succursale hongroise de Bank of China a été la première banque de compensation en yuan de la région d’Europe centrale et orientale et, à partir de leurs succursales hongroises, la Banque de Chine, la Banque de construction de Chine et la Banque de développement de Chine se sont ouvertes à l’Europe4.
Plus symboliquement, la Hongrie, premier pays européen à signer un « document de coopération BRI », s’est affirmé être l’ami et le partenaire de confiance de la Chine au sein de l’UE. Le ministre des Affaires étrangères hongrois, Peter Szijjártó ne va-t-il pas jusqu’à déclarer : « Les investissements chinois et la modernisation de l’économie hongroise sont les résultats de l’adhésion à l’initiative Belt and Road. La présence d’entreprises chinoises contribue non seulement à maintenir le cap de la croissance, mais aussi à préserver le rôle de premier plan de la Hongrie dans la nouvelle révolution technologique mondiale. »
Poussant jusqu’au bout cette logique, Budapest plaide pour la Chine face aux instances européennes. Le 15 octobre, Péter Szijjártó déclare que toute initiative visant à se dissocier de la Chine serait un acte de « suicide » pour l’Europe. Il précise sa mise en garde : « la réduction des liens avec Pékin, l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Europe, et une source majeure d’investissements directs étrangers, aurait pour effet de tuer l’économie de la région5. »
Il va même plus loin, en plaidant contre son camp, quand il déclare : « Le bon sens et la rationalité font aujourd’hui défaut en Europe. C’est un énorme problème en Europe dont la plupart des pays ne sont pas prêts ou désireux d’examiner la question de la coopération avec la Chine d’une manière pratique. Ils préfèrent l’envisager d’un point de vue idéologique et politique. Les Européens doivent changer leur façon de penser, sinon nous serons très en retard. »
Pour la Chine, Xi Jinping donne le ton : « Les deux pays devraient intensifier leurs relations, nouer des liens toujours plus étroits, alors que les États européens cherchent à se “désengager” de la Chine. » Et de souhaiter que les deux pays fassent de la zone de coopération commerciale et logistique d’Europe centrale un succès. Plus insistant encore, Wang Yi, ministre des Affaires étrangères, s’adressant à son homologue Péter Szijjártó, demande que la Hongrie puisse continuer à pousser l’Union européenne à adopter une politique plus proactive et plus ouverte en matière de coopération avec la Chine6.
Une Chine ancrée dans l’Est de l’Europe
Il ne faut pas réduire l’espace de collaboration à la seule Hongrie, Orbàn ne l’envisage pas. Dans son entretien avec Xi Jinping il déclare : « La Hongrie continuera à promouvoir activement la coopération entre les PECO et la Chine. Il est soutenu par le Croate, Mario Rendulic, président de la Chinese Southeast European Business Association, qui a déclaré au Global Times que le forum offre des possibilités d’établir de nouveaux liens. »
Xi Jinping ne s’en cache pas : la coopération entre la Chine et les pays d’Europe centrale et orientale est conforme à leurs intérêts communs. Et Pékin est prêt à travailler pour continuer à mener la coopération avec les PECO dans la bonne direction, et à l’enrichir pour conforter un développement stable et durable des relations entre la Chine et l’Union européenne.
C’est dans ce fond de l’Europe, insuffisamment considérée par l’Union européenne, que la Chine s’implante pour rebondir. Inconscients, nous la laissons manœuvrer et prospérer.
Edouard Valensi, Asie21
- Xi Jinping rencontre le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, Fmprc.cov.cn, 17/10/2023
- CRRC to export high-speed train system to help build Hungary-Serbia Railway, Global Times, 127/10/2023
- BRI synergizes ’Opening to East’ of Hungary, Global Times, 13/10/2023
- China and Hungary forge strong partnership in BRI construction, with more win-win cooperation Anticipated, Global Times, 12/09/2023
- China decoupling would be an act of ’suicide’ for Europe, Hungary’s foreign minister says, CNBC, 13/06/2023
- Chinese top diplomat Wang Yi calls on Hungary to promote EU’s more proactive, open policy towards China, Global Times, 28/09/2023