Chine - Ukraine - Europe - États-Unis : Pour que la Chine ne soit pas le seul arbitre en Europe
Peu importe que depuis plus de six mois la ligne de front n’évolue pratiquement pas et que de part et d’autre les morts s’ajoutent aux blessés pour rien. C’est ce qu’a bien vu le président des chefs d’états-majors américains, le général Mark Milley. Hélas, paralysé par des problèmes intérieurs le président Joe Biden ne peut pas l’écouter, et hélas, les Européens aveuglément le suivent. C’est donc sur des a priori qu’ils refusent de prendre en considération le schéma de négociation proposé par la Chine. La Chine qui, aux yeux du monde, va donc pouvoir se poser en arbitre d’un conflit européen.
FAITS
L’article Wang yi : un nouveau Kissinger de Daniel Schaeffer analyse précisément les « positions de la Chine sur le règlement politique de la crise ukrainienne » en concluant sur la nécessité de construire une contre-proposition constructive à la proposition chinoise pour ramener au plus vite la paix en Europe, ou dans l’attente, d’établir au moins un armistice. Au vu des commentaires contrastés que l’on a pu lire du côté chinois, cette étude cherche à discerner quelle réponse l’Europe est susceptible d’apporter.
ENJEUX
Pour l’Europe, ne pas permettre qu’en se posant en médiateur dans le conflit ukrainien, la Chine puisse s’immiscer dans ses affaires intérieures.
COMMENTAIRES PROSPECTIFS
Au départ de cette réflexion, et pour en préciser le contexte, une constatation : depuis plus de six mois en Ukraine, quels qu’aient été les sacrifices des belligérants, la ligne de front qui les sépare n’a pas significativement changé. C’est en vain que de part et d’autre, mais plus sensiblement du côté ukrainien, on déplore morts et blessés sans résultat.
C’est ce que constate la plus haute autorité militaire américaine, le général Mark Milley, président des chefs d’états-majors, quand il déclare : « Bien que ni l’Ukraine ni la Russie ne montrent de signes de volonté de négocier, il est probable que la guerre se terminera à la table des négociations. Il sera presque impossible pour les Russes d’atteindre leurs objectifs politiques par des moyens militaires. Cela ne va tout simplement pas se produire. » Symétriquement, « il sera très difficile pour l’Ukraine d’expulser toutes les forces russes du territoire occupé. Cela ne pourrait résulter que de l’effondrement de l’armée russe ». Et de conclure : « Ce sera à l’Ukraine de décider comment, quand, ou si elle va négocier avec les Russes1. »
L’analyse que la Chine fait du conflit est proche quand elle commente ses propositions sur le règlement politique de la crise ukrainienne dans ses médias officiels. « Le conflit entre la Russie et l’Ukraine est dans l’impasse, et il est difficile d’imaginer qu’il puisse s’apaiser à court terme. » Et les rédacteurs chinois ajoutent : « Personne dans la communauté internationale ne peut accepter la poursuite d’une guerre d’usure. Son impact sur un grand nombre de pays en développement, qui ont un besoin urgent d’atteindre leurs objectifs de développement, est particulièrement direct et fort. C’est précisément pour cette raison que ces pays ne veulent pas être contraints de choisir leur camp dans le conflit, mais espèrent vivement que toutes les parties pourront trouver une solution rationnelle et pacifique2. » Un message auquel ils ajoutent cette pointe en direction de Washington : « Il n’y a pas de fin en vue à ce conflit qui a utilisé l’argent de l’Europe, coûté la vie à des Ukrainiens, apporté de la richesse aux États-Unis mais de la douleur au monde entier3. »
C’est pourquoi la Chine « ne peut pas rester les bras croisés ». Ses positions sur les négociations « répondent aux demandes de la Russie et de l’Ukraine » avec des propositions très travaillées qui reconnaissent pleinement la complexité et la difficulté de la question, et qui montrent que la Chine est un pays responsable. En la rédigeant et en la diffusant, la Chine s’est voulue neutre, sans rester dans la passivité. C’est « une neutralité active » qui ne cherche pas à tirer profit de la situation.
À l’est, les positions de la Chine sur le règlement politique de la crise ukrainienne sont appréciées sans réserve par Alexandre Loukachenko, allié inconditionnel de Moscou. Après avoir rencontré Xi Jinping, il déclare : « Nous traversons une période très difficile qui exige des approches nouvelles et peu orthodoxes […] Elles doivent empêcher le glissement vers une confrontation mondiale qui ne verra aucun vainqueur. C’est pourquoi la Biélorussie milite activement pour des propositions de paix et soutient totalement votre initiative pour la sécurité internationale. »
En Occident, on les rejette.
Aux États-Unis, le Président Joe Biden, déjà en campagne électorale et que Donald Trump bouscule encore, se trouve empêché de tirer les conséquences du diagnostic de son chef d’état-major interarmées, Mark Milley. Aussi c’est une déclaration de non-recevoir que formule le 27 février le Département d’État à un « soi-disant plan de paix publié par la RPC » : en tout premier ce plan appelle au respect de la souveraineté de tous les pays. Si la RPC s’y conformait, elle se rangerait clairement du côté de la Charte des Nations unies et de tous ceux qui soutiennent l’Ukraine, qui s’opposent à la Russie dans sa guerre de conquête territoriale. Pour l’heure ce n’est pas de ce côté-là qu’ elle se range.
En Europe, il n’a servi à rien que Wang Yi, en diplomate de très haut rang, soit dépêché en éclaireur pour annoncer la proposition et souligner la volonté de « neutralité » de la Chine et qu’il ait appelé ses interlocuteurs à réfléchir sur les conditions à réunir pour un cessez-le-feu, sur le cadre nécessaire pour apporter une paix et une stabilité durables, et sur le rôle que l’Europe devrait tenir pour affirmer son autonomie stratégique. Tout ce qu’il a pu dire « est tombé à plat. », le rejet est unanime4.
- respectant le consensus des gouvernements européens qui veut que seule une victoire ukrainienne puisse mettre fin à la guerre de Poutine, le président du Conseil européen est muet ;
- pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la Chine n’a pas présenté un plan de paix, mais seulement l’exposé de principes. Avant de les examiner, il faut les replacer dans leur contexte, celui d’une amitié illimitée déclarée juste avant le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La Chine n’est pas neutre, elle a pris parti ;
- le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, est sur la même ligne. Dans son blog, « il descend » la proposition chinoise : « Il ne s’agit pas d’un plan de paix, mais pour l’essentiel des positions chinoises bien connues, réitérées. Le principal problème est qu’il ne distingue pas l’agresseur de la victime, plaçant les parties sur un pied d’égalité. » Et de rappeler, « ce ne sera qu’en s’appuyant sur la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies et sur le plan de paix du président ukrainien Volodymyr Zelensky que l’on parviendra à la paix » ;
- selon le Conseil européen pour les relations internationales, le « plan de paix » de la Chine ne fait que souligner sa sympathie pour la Russie et son souci de protéger ses propres intérêts
L’Europe, paralysée par ses dissensions internes et par le penchant atlantiste de nombre de ses membres est sans voix. Ainsi la voilà qui laisse bien imprudemment la Chine s’immiscer dans ses affaires et se poser en arbitre pour faire cesser un conflit européen. Est-il possible de laisser perdurer cette situation ? Ne peut-on pas trouver un négociateur qui puisse être porteur des intérêts ukrainiens face à la Chine ? À défaut d’une voix européenne, qui ne semble pas pouvoir être trouvée, la France, si elle était habilitée par l’Ukraine, dans la continuité des discussions qu’elle a eues avec le président Zelensky, ne pourrait-elle pas être le pays qui répondra à la Chine.
Edouard Valensi, Asie21
edouard.valensi@gmail.com
- General Milley : Russia-Ukraine war will end with negotiations, The Kyiv Independent, 16/02/2023
- Time will prove the enormous value of China’s position paper: Global Times editorial 23/02.2023
- How US manipulates Russia-Ukraine conflict with lies 25/02/20232
- You ain’t no middleman : EU and NATO slam China’s bid to be a Ukraine peacemaker, politico.eu ? 24/02/2023
es non mesurés
En effet, l’Australie s’engouffre sans biscuits dans un programme d’une extrême complexité : la construction en un temps record de sous-marins définis et conçus par d’autres que ses officiers et ingénieurs, et dont le début de construction n’interviendra pas avant huit ans. Plus encore, partant de peu, sinon de rien, l’Australie entend qu’ils soient construits en Australie, à plus de 15 000 kilomètres des bureaux d’études et du bâtiment frère dont ils seront les clones. La coque façonnée, il restera encore à résoudre les défis spécifiques liés à la réception, à l’intégration de la chaudière nucléaire et à l’approvisionnement en combustible, ainsi qu’à sa mise en service, dans un pays qui se veut « Nuclear free ».
Pour un ingénieur, chef de projet, voilà qui demanderait d’être regardé de près avant tout engagement. Une évaluation approfondie du projet dont Malcolm Turnbull, Premier ministre australien de 2015 à 2018, déplore l’absence, alors que le développement d’une nouvelle classe de navire de guerre comporte d’énormes risques. Il va même jusqu’à douter du lancement de la construction du SSN-Aukus dans les temps par le Royaume-Uni : son économie est malade et il a d’autres priorité. Son prédécesseur, Paul Keating, est beaucoup plus critique encore : cet accord est la pire erreur de politique étrangère commise par l’Australie depuis l’échec de la tentative d’introduction de la conscription lors de la première guerre mondiale.
Puisque d’anciens Premiers ministres australiens doutent, impossible de conclure sur le devenir de l’accord, sauf sur un point, les États-Unis sont gagnants : ils pourront compter en toute circonstance sur un allié discipliné et ils vont disposer d’une base permanente qui ouvre grand l’océan Indien à leurs sous-marins.
Edouard Valensi, Asie21
edouard.valensi@gmail.com
- Fact Sheet: Trilateral Australia-UK-US Partnership on Nuclear-Powered Submarines, The White House, 13/03/2023, https://www.whitehouse.gov/briefing-room/statements-releases/2023/03/13/fact-sheet-trilateral-australia-uk-us-partnership-on-nuclear-powered-submarines/
- oint Leaders Statement on AUKUS, 14/03/2023, https://www.whitehouse.gov/briefing-room/statements-releases/2021/09/15/joint-leaders-statement-on-aukus/
Remarks by President Biden, Prime Minister Albanese of Australia, and Prime Minister Sunak of the United Kingdom on the AUKUS Partnership, 13/03/2023, https://www.whitehouse.gov/briefing-room/speeches-remarks/2023/03/13/remarks-by-president-biden-prime-minister-albanese-of-australia-and-prime-minister-sunak-of-the-united-kingdom-on-the-aukus-partnership/
- Eyeing China, Biden and allies unveil nuclear-powered submarine plan for Australia, Reuters, 14/03/2023, https://www.reuters.com/world/eyeing-china-biden-allies-unveil-nuclear-powered-submarine-plan-australia-2023-03-13/
- (AUKUS Submarine Workforce And Industry Strategy, Australian Government Defence, 14/03/2023, https://www.minister.defence.gov.au/media-releases/2023-03-14/aukus-submarine-workforce-and-industry-strategy