Corée du Nord - Corée du Sud : Une médiation nucléaire ? Pourquoi pas
En dépit de sanctions internationales, ce 17 avril 2022, la Corée du Nord est parvenue à la maturité nucléaire avec le test réussi d’un missile tactique. Elle est désormais hors d’attaque. Un nouvel équilibre va s’instaurer sur la péninsule. Malgré les rodomontades des uns et des autres, l’atome finira bien par imposer sa loi : l’entente.
FAITS
Le 17 avril 2022, l’agence nord-coréenne KCNA a fait savoir que Kim Jong-un, secrétaire général du Parti du travail de Corée et commandant suprême des forces armées de la RPDC, avait assisté au tir d’essai d’une arme tactique guidée d’un nouveau type. Un système d’armes nucléaire qui va donner une nouvelle dimension aux unités d’artillerie de première ligne. Le tir d’essai a été un plein succès1.
ENJEUX
La Corée du Nord accède à la maturité nucléaire, elle se trouve hors d’attaque.
Sur la péninsule coréenne c’est un nouvel équilibre apaisé qui tôt ou tard devrait s’imposer.
COMMENTAIRES PROSPECTIFS
Quelques rappels sur les tenants et aboutissant de la dissuasion nucléaire sont indispensables pour donner toute sa signification à ce test passé presque inaperçu en Occident.
Les grandes puissances nucléaires à la suite des États-Unis distinguent deux familles d’armes nucléaires depuis plus de 50 ans.
- Les armes stratégiques : elles ont pour objectif des villes des belligérants. Par le jeu de représailles, en cas de frappes contenues elles génèrent déjà des deux côtés, quelques centaines de milliers voire des millions de morts. De ce fait, leur emploi se révèle inenvisageable, même si tous les États nucléaires s’y préparent pour être à même de riposter.
- Les frappes tactiques (en France elles sont qualifiées de préstratégiques) : elles portent sur des objectifs militaires hors des territoires des puissances nucléaires. Comme elles ne conduisent pas à l’apocalypse, leur mise en œuvre est ouvertement envisagée.
Ces deux familles sont liées par une relation dialectique.
- Sans arrière-plan stratégique, les armes tactiques ne peuvent pas être employées. Leur emploi, sans la garantie arrière d’une capacité stratégique, déchaîneraient en retour la destruction du pays qui les a lancées.
- Il doit bien être perçu que les armes stratégiques sont là pour ne pas servir mais seulement dissuader ; les armes tactiques sont les seules à pouvoir être lancées.
On rappellera ici que c’est de Gaulle stratège, qui le premier a su voir que l’arme tactique était la première composante de la dissuasion. En 1970, il fait connaître sa conviction : « L’atome tactique est tellement essentiel pour nous Français, que lorsqu’il faudra choisir entre perfectionner plus tard l’atome tactique ou l’atome stratégique, il faudra, là encore, probablement choisir l’atome tactique, car à quoi bon perfectionner l’apocalypse, il vaut mieux faire effort sur ce qui se passe avant ».
Ce point établi, on observe qu’à chaque type d’arme correspond des vecteurs adaptés. Les armes tactiques ne peuvent pas s’accommoder de missiles intercontinentaux trop puissants pour être en mesure de frapper précisément des cibles proches. Les charges tactiques sont donc portées par des vecteurs de moyenne et courte portée, des systèmes mobiles pour pouvoir répondre à une attaque surprise, où et par quoi elle se trouve matérialisée.
C’est bien un système d’arme mobile qui a été testé. Ses dimensions, révélées par l’image du tir montrent qu’il est porteur d’une charge nucléaire miniaturisée.

Les sanctions internationales sont restées sans effet, la Corée du Nord est à présent un état nucléaire mature. L’équilibre des forces présentes sur la presqu’ile coréenne s’en trouve significativement modifié. Une semaine avant cet essais réussi, Kim Yo-jong, la sœur de Kim Jong-un, déjà sûre d’elle, l’avait fait savoir par une déclaration somme toute modérée.
« La Corée du Nord est opposée à une guerre, qui laisserait la péninsule en ruines, et elle ne considère pas la Corée du Sud comme son principal ennemi. À moins que l’armée sud-coréenne ne prenne des actions militaires, contre notre État, elle ne sera pas considérée comme une cible…Mais la Corée du Nord serait contrainte d’utiliser ses capacités nucléaires si la Corée du Sud choisissait la voie de la confrontation militaire ou effectuait une attaque préventive ». Et de citer avec la dernière vigueur le ministre sud-coréen de la Défense : « Ce type insensé et méprisable a osé mentionner une « frappe préventive » contre un État doté d’armes nucléaires dans une fanfaronnade insensée qui ne sera jamais bénéfique à la Corée du Sud…Sa rhétorique téméraire et intempestive sur une « frappe préventive » a aggravé les relations intercoréennes. La Corée du Sud doit se discipliner si elle veut éviter un désastre2 ».
À vrai dire, ce n’est pas tant le ministre qui est mis en garde, mais Yoon Suk-yeol le nouveau président conservateur de la Corée du Sud. À l’inverse de son prédécesseur, Moon Jae-in partisan du dialogue, il entend adopter une position ferme à l’égard de la Corée du Nord, « bien décidé à apprendre ce que sont les bonnes manières à ce grossier personnage, Kim Jong-un », promettant de renforcer l’armée et laissant entendre qu’il pourrait lancer une attaque préventive s’il voyait des préparatifs offensifs au nord3. Ne va-t-il pas devoir composer ?
Certes, au Nord comme au Sud le ton monte. Cependant les plus vindicatifs n’y pourront rien mais l’atome impose toujours sa loi et il condamne à l’entente.
Edouard Valensi Asie21
- Respected Comrade Kim Jong Un Observes Test-fire of New-type Tactical Guided Weapon, KCNA, 17/04/2022
- Press Statement of Kim Yo Jong, Vice Department Director of C.C., KCNA, 03/04/2022
- South Korea election brings shift to the right, with a new president vowing to teach "rude boy" Kim Jong Un "some manners", CBS, 10/03/2022