Corée du nord – États-Unis : Le neuvième état nucléaire
Depuis le 22 janvier 2023, les affrontements verbaux, les exercices militaires opposant les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon à la Corée du Nord, c’est du passé. Donald Trump en a ainsi décidé quand il a déclaré que Kim Jong-un était un type bien avec qui il s’entendait bien et que la RPDC était une puissance nucléaire. Peu importe les lamentations de ses alliés et que l’ONU se voie bafouée, il semble bien qu’à son initiative, on soit en chemin pour qu’une alliance entre les États-Unis et la RPDC prenne forme au grand dam de la Chine.
Since January 22, 2023, verbal confrontations and military exercises between the USA, South Korea and Japan and North Korea have been a thing of the past. Donald Trump made up his mind when he declared that Kim Jong-un was a nice guy to get along with, and that the DPRK was a nuclear power. Regardless of his allies' lamentations and the UN being flouted, it seems that, at his initiative, we are well on the way to an alliance between the USA and the DPRK, much to China's chagrin.
KCNA : Agence centrale de presse coréenne
RPDC : République populaire démocratique de Corée, Corée du Nord
République de Corée : Corée du Sud
FAITS
Le 23 janvier 2025, à peine en fonctions, le président Trump a déclaré vouloir reprendre le dialogue avec Kim Jong-un. Voici, bruts, les mots qu’il a prononcés : « [Obama] a dit que la Corée du Nord était la plus grande menace, et j’ai résolu ce problème. Ce n'est pas un fanatique religieux. Il se trouve que c'est un gars intelligent (...) Il m’appréciait. Ils pensaient que c’était une menace énorme, maintenant, c’est une puissance nucléaire. Nous nous entendions bien. Je pense qu’il sera heureux de me voir revenir1. »
ENJEUX
Prenant de court le Conseil de sécurité et ses alliés, le président des États-Unis vient de reconnaître que la Corée du Nord était une puissance nucléaire. Il redonne une jeunesse aux conclusions de la rencontre de Singapour de 2018 : les États-Unis et la RPDC* vont pouvoir établir de nouvelles relations conformément au désir de paix et de prospérité des peuples des deux pays. Que l’on ne voie pas là une foucade, la démarche de Trump est réfléchie. Son objectif : que Kim Jong-un fasse le choix des États-Unis pour tenir tête à la Chine et qu’à terme, dans une péninsule coréenne unie, Pyongyang se joigne à l’alliance qui unit Washington, Séoul et Tokyo.
COMMENTAIRES PROSPECTIFS
Ce qui ne devrait plus être
Pour tous, les propos du Président Trump sont surprenants. Car jusqu’à ces dernières semaines, le temps était à l’orage à la frontière des deux Corée.
- Les dernières manœuvres militaires voulues par l’administration Biden sont dénoncées par l’agence de presse nord- coréenne KCNA* dans un langage fleuri : « Alors que tous les pays du monde étaient encore dans l’ambiance festive du nouvel an, la marine fantoche de la république de Corée a conduit dans les mers de l’est, de l’ouest et du sud des exercices de guerre réunissant des destroyers, des navires d’escorte et autres. Simultanément, des unités d'infanterie, d’artillerie et du génie étaient à la manœuvre, et des brigades blindées se joignaient à elles pour faire trembler toute la terre de la république de Corée2. »
- Le 11 février, c’est un sous-marin américain à propulsion nucléaire, l’USS Alexandria, qui a fait escale à la base navale de Busan. Si pour Séoul cette visite sert à renforcera la coopération militaire entre les forces navales américaines et sud-coréennes et à consolider leur position de défense commune, pour Pyongyang, c’est un acte militaire hostile qui peut conduire à une véritable confrontation militaire.
Des provocations qui sont dénoncées mais sans plus. Le porte-parole du ministère de la Défense nord-coréen n’élève pas le ton lorsqu’il déplore : « Washington ignore ouvertement les préoccupations sécuritaires de la RPDC* ». En revanche, il met en garde Séoul et Tokyo, quand il ajoute : « Nous exprimons notre profonde inquiétude face à un acte militaire dangereux et hostile qui peut conduire à une confrontation militaire dans la région autour de la péninsule coréenne ».3
Rien n’est certain. Cependant, cette déclaration contenue peut laisser croire que, dans l’instant, Kim Jong-un a pu apprécier ce qu’apportent les déclarations du président Trump à son endroit et à son pays.
Ce pourrait être un renversement d’alliances qui se dessine en Corée.
Le coup d’éclat de Trump
Il a suffi de quelques phrases :
« Maintenant [la Corée du Nord] c’est une puissance nucléaire »,
« Il se trouve que c'est un gars intelligent (…) Il m'appréciait (…) Nous nous entendions bien. » pour que l’hostilité routinière et les défis récurrents d’hier ne soient plus d’actualité à Washington.
Mais il n’en n’est pas ainsi ailleurs où seul un langage d’une extrême fermeté doit être retenu pour échanger avec la Corée du Nord.
- Le Japon refuse de polémiquer avec le président des États-Unis mais considère comme un « geste rare » le fait de qualifier la Corée du Nord de « puissance nucléaire ». Le principal porte-parole du gouvernement, Yoshimasa Hayashi, ne s’étend pas sur l’emploi de l’expression ni sur la perspective d’un dialogue entre les États-Unis et la Corée du Nord. Mais il souligne l’importance des efforts conjoints pour exhorter la Corée du Nord à abandonner ses programmes nucléaire et de missiles qui menacent la paix et la sécurité régionale. Cependant, quand il poursuit en rappelant : « le Japon, donne également la priorité à la résolution de la question des enlèvements de ressortissants japonais par la Corée du Nord dans les années 1970 et 19804, plaçant ce contentieux au même plan que les perspectives nucléaire, il relativise les réserves de son pays.
- La Corée du Sud, directement concernée, fait part de son désarroi. Son ministre des Affaires étrangères est véhément : « En vertu du traité international de non-prolifération, la Corée du Nord ne peut être reconnue comme un État doté de l’arme nucléaire et sa dénucléarisation est un principe partagé par toutes les parties concernées, y compris les États-Unis. » Il rappelle : « La dénucléarisation de la Corée du Nord est toujours une obligation pour la communauté internationale5. » À ses côtés, comme le rapporte The Korea Hearald, le Parti conservateur juge les remarques de Trump « très regrettables », mais concède le fait qu’il est trop tôt pour discerner quelles sont ses intentions.
Le pourquoi des propos
À ces interrogations il est possible d’apporter une réponse en considérant la personnalité du président Trump.
C’est une personnalité qui sait trancher comme Alexandre le Grand, devant le nœud gordien. Ses déclarations ne relèvent pas d’une foucade mais viennent en conclusion d’une réflexion. Quatre années à distance du pouvoir, dans la rancœur, et la possibilité de juger à distance les gouvernements ou, plus précisément, les impasses ou les blocages politiques, ces doxas paralysantes parce que dépassées. Il est donc capable de reconnaître ce qui doit s’imposer à tous : nier l’existence des forces nucléaires nord-coréennes condamne à l’inaction. Il est grand temps d’accepter la réalité.
C’est un homme qui a de la mémoire. Pour savoir ce qu’il offre à Kim Jong-un, il suffit de se souvenir de l’année 2018 et des conclusions de la rencontre de Singapour. Sous condition de la dénucléarisation complète de la Corée du Nord, un accord avait été trouvé : « Les États-Unis et la RPDC s'engagent à établir de nouvelles relations conformément au désir de paix et de prospérité des peuples des deux pays. » Ils uniront leurs efforts pour instaurer un régime de paix durable et stable dans la péninsule coréenne. Ces déclarations avaient été accompagnées de deux promesses ; les États-Unis garantiront la sécurité de la RPDC qui, promue pays ami, accèdera à la prospérité grâce à l’aide américaine.
Ce n’est pas un homme d’État qui accepte de donner ou de concéder sans obtenir de contrepartie. Que peut-il attendre de Kim qui justifie ce qu’il lui accorde ?
- Qu’il fasse le choix des États-Unis, pour tenir tête à la Chine ?
- Que ne puisse plus se constituer le triplet nucléaire « Russie–Chine–Corée du Nord », l’entente stratégique majeure à laquelle les États-Unis pourraient avoir à faire face ?
- Qu’à terme, Pyongyang se joigne à l’alliance qui unit Washington et Séoul ?
Une suite d’hypothèses à confirmer
Est-ce là ce qui peut le déterminer, où bien n’est-ce qu’une suite d’hypothèses aventureuses qui ne se verront pas confirmées ? Il ne devrait pas falloir beaucoup de temps, pour savoir ce qu’il en est.
Quel qu’en soit le dénouement, il n’en demeure pas moins que, sur un nouveau théâtre, Donald Trump se montre réaliste, se veut homme de paix à l’inverse des présidents qui l’ont précédé, et prend de court la communauté internationale, le Conseil de sécurité de l’ONU et ses alliés. Quoi qu’il en résulte, peu ou prou, les relations entre États dans la région Asie–Pacifique s’en trouveront affectées.
La France est l’un des pays qui vont devoir reconsidérer leur position. En février 2025, le site de son ministère des Affaires étrangères affirmait encore : « Le développement par la Corée du Nord de programmes nucléaire et balistique constitue une menace pour la sécurité et la stabilité régionales et internationales, et une violation du droit international. La France soutient l’adoption de sanctions visant à empêcher la Corée du Nord de poursuivre ses programmes d’armes de destruction massive et à l’amener à la table des négociations avec un objectif : la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible. » Ne serait-ce pas faire preuve de bon sens si, à son tour, elle prenait enfin acte de la réalité comme nous l’avons déjà préconisé dans nos colonnes6.
Edouard Valensi, Asie2
- Trump says he will reach out to North Korea's Kim Jong Un, Reuters, 24/01/2025
- KCNA commentary on ROK's reckless military manœuvres, Pyongyang Times, 10/02/2025
- North Korea vows to boost nuclear arsenal after US submarine docks in Busan, NK News, 11/02/2025
- Japan to coordinate with U.S. as Trump calls North Korea nuclear power, Kyodo News, 21/02/2025
- S. Korea says N. Korea can never be recognized as nuclear power after Trump nominee refers to Pyongyang as one, Yonhap News Agency, 15/01/2025
- Cf. Asie21 n° 174/2023-07&08 Corée du Nord – France – Nations unies : la France dans le déni
Corée du Nord, RPDC, Forces nucléaires, Désarmement, Singapour,