Pakistan États-Unis : La fin d’une alliance ?
Dénonçant la poursuite d’un programme de missile parfaitement justifié affirment qu’à terme il peut les menacer (c’est tout simplement impossible), les menacer, les États-Unis viennent de sanctionner le Pakistan. Un prétexte pour justifier un renversement stratégique : pour contrer la Chine, l’Inde est promue pays allié. La fin d’une alliance peut-être, le Pakistan relégué au second rang se trouve dans l’incertitude et pourrait bien chercher l’appui de la Chine. Ce ne devrait pas être de gaité de cœur, car s il sait qu’il perdra beaucoup au change.
Denouncing the pursuit of a perfectly justified missile program, claiming that it could eventually threaten them (this is simply impossible), the United States has just sanctioned Pakistan. A pretext to justify a strategic reversal: to counter China, India is promoted to ally. Pakistan, relegated to second place, finds itself in a state of uncertainty, and may well seek China's support. But it's not likely to be a light-hearted one, as it knows it will lose out significantly.
FAITS
Le 12 septembre 2024, considérant les derniers développement du programme de missile balistique du Pakistan, mettant à mal les liens qui unissaient les Etats-Unis et le Pakistan, le Département d’État au terme de l’Executive Order13382 a sanctionné ( notamment le bocage des avoir) à quatre entités pakistanaises et chinoises dont l’entreprise publique le National Development Complex (NDC) responsables de la prolifération d'armes de destruction massive et leurs vecteurs1. Des sanctions qui pour Islamabad ne sont en rien justifiées.
ENJEUX
Pour Washington c’est un changement de pied. Pour contrer la Chine, l’Inde est promue comme un allié alors que le Pakistan sanctionné doit envisager de tourner plus encore vers la Chine. Ne peut-on pas imaginer à terme deux couples face à face : les États-Unis et l’Inde et en regard, la Chine et lePakistan.
COMMENTAIRES PROSPECTIFS
Il faut mettre ces sanctions dans leur contexte. Elles ne sont pas inédites, et ne constituent que la sixième salve qui vise les entreprises pakistanaises et leurs partenaires chinois depuis 2021. A présent sont concernés au premier chef le Beijing Research Institute of Automation for Machine Building Industry (RIAMB) en affaires avec le National Development Complex (NDC) un groupe étatique pakistanais notamment pour concevoir des bancs de test des moteurs-fusées de grand diamètre. A quoi s’ajoutentent trois entreprises : Hubei Huachangda Intelligent Equipment Company,
Universal Enterprise Limited et Xi'an Longde Technology Development Company Limited (alias Lontek), basées en RPC, et un intermédiaire chinois Luo Dongmei (alias Steed Luo) 2.
Les griefs américains ont pris tout leur sens lorsque le 19 décembre, le conseiller adjoint américain à la sécurité nationale, Jon Finer a déclaré : « Le Pakistan a mis au point une technologie de missiles de plus en plus sophistiquée, allant de systèmes de missiles balistiques à longue portée à des équipements de test des moteurs de fusée de grande puissance » C’est là une menace émergente. Que ces développements aillent jusqu’à leur terme et il pourront donner au Pakistan aura la capacité de frapper des cibles bien au-delà de l'Asie du Sud, jusqu’aux États-Unis ». Et d’ajouter devant le Carnegie Endowment for International Peace : « franchement Il nous est difficile de voir dans les actions du Pakistan autre chose qu'une nouvelle menace pour les États-Unis »
Ce qu’il en est du programme
Pour les familiers des techniques spatiales, ces diatribes ne sont pas justifiées car leurs prédictions dramatiques ne reposent sur rien. De plus elleS seront inopérantes.
En 2025 encore, le missile pakistanais opérationnel de référence est le Shaheen-III un missile à propulsion solide de moyenne portée crédité dans sa dernière version d’une portée de 2750 kilomètres. Or plus de 11.000 kilomètres séparent le Pakistan des États-Unis et parvenir à une telle portée ne peut pas être le fruit d’une extrapolation du Shaheen c’est un système d’une toute nouvelle génération qui par étapes, sur des décades, devrait être programmé. Il n’en est rien.
Au demeurant, Islamabad qui porte toute son attention à son risque le plus proche, un différenD avec l’Inde, ne donne pas la priorité à la portée dans ses perspectives stratégiques, mais au renforcement de ses capacités nucléaires. Aussi 2017 quand il met en chantier un nouveau missile, c’est un engin multi-têtes, l’Ababeel qui est programmé. Son second test le 18 octobre 2023 a montré que sa portée resterait limitée autour de 2000 kilomètres.
Mais surtout, pour le Pakistan qui s’est trouvé trois fois envahi par l’Inde, les forces de dissuasion sont vitales et ne peuvent reposer que sur une base industrielle propre, l’aide extérieure devant rester marginale. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères est formel : sa composante spatiale est « indigène » et donc les sanctions n’auront jamais de conséquences significatives3.
Les réactions du Pakistan
Ce ne sont donc pas les sanctions, mais les déclarations de Jon Finer qui font réagir le Ministère des Affaires étrangères pakistanais. Il s’insurge affirme qu’elles sont « dénuées de rationalité ». Et de rappeler que la principale menace qui pèse sur le Pakistan a pour origine son voisin oriental, l'Inde, et non de l'Occident et donc que les affirmations selon lesquelles le programme pakistanais de missiles à longue portée pourrait viser les États-Unis n'ont aucun fondement.
Quant aux sanctions, elles sont « discriminatoires, malheureuses et partiales ». Alors que les récents développements de missiles par l'Inde, notamment l'Agni-V à capacité MIRV, le véhicule planeur hypersonique (HGV) et le missile balistique lanceur sous-marin K4, ont des répercussions sur la stabilité régionale et sont ignorées par les États-Unis, les sanctions vont encore accentuer les asymétries militaires. Elles ont donc « des implications dangereuses pour la stabilité stratégique de notre région et au-delà. » Car il est clair que le Pakistan ne peut pas renoncer à son droit de développer des capacités qui correspondent à la nécessité de maintenir une dissuasion minimale crédible ainsi que des menaces évolutives et dynamiques.
Cherchant l’apaisement, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères rappelle : « Le Pakistan et les États-Unis sont de vieux amis et partenaires. Le Pakistan a toujours cherché à s'engager de manière constructive avec les États-Unis sur toutes les questions, y compris la nécessité de poursuivre une approche équilibrée de la sécurité et de la stabilité dans la région. Nous n'avons jamais eu de mauvaises intentions envers les États-Unis, sous quelque forme que ce soit, et nous avons consenti des sacrifices monumentaux pour cette relation. Aujourd’hui, encore les conséquences des politiques américaines dans la région nous font énormément souffrir.
Des sanctions que la nouvelle administration ne peut que renforcer
Il ne devrait pas être entendu. Car le Pakistan se voit confronté à une sombre réalité : il n’a plus guère de place dans les calculs de Washington après le désengagement des États-Unis en Afghanistan, sa compétition de grande puissance avec la Chine et son partenariat stratégique de plus en plus solide avec l'Inde
Et ce n’est pas l’administration de Donald Trump pour qui le Pakistan est un refuge pour les terroristes qui éclaircira le tableau. Pas d’indulgence à attendre de la part du Secrétaire d’État Marco Rubio qui a pu présentéer un projet de loi visant à renforcer les liens stratégiques de Washington avec l'Inde allant jusqu’à interdire l'assistance à la sécurité au Pakistan s'il était reconnu coupable de soutenir des efforts de sabotage contre l'Inde4.
Oublions donc les sanctions. Elles ne sont qu’un signe qui révèle le changement de pied stratégique des États-Unis dans une région dont elle s’éloigne : les derniers liens sont rompus avec l’Afghanistan les États-Unis lui ont cessé en 2025 de verser une aide humanitaire par l'intermédiaire des Nations unies et jusqu’à la fin d’une alliance peut-être : Good By Islamabad.
Islamabad qui ne peut que redouter et doit se préparer à l’extinction, ou au moins une forte diminution des aides américaines et qui doit donc regarder du côté de la Chine. (Elle n’y gagnera pas au change.) Plus encore, au-delà des considérations économiques et sociales, rechercher un soutien de la Chine pourrait même devenir un impératif stratégique pour le Pakistan si la coopération croissante en matière de sécurité et de défense entre les États-Unis et l'Inde prenait forme.
Voici que la hargne de Washington à l’égard de la Chine, rend imaginable une nouvelle coupure du monde : deux couples face à face : les États-Unis et l’Inde auxquels répondraient la Chine et lePakistan.
Edouard Valensi, Asie21
(1) Imposition of Missile Proliferation Sanctions on Three PRC Entities, One PRC Individual, and a Pakistani Entity, United States Department of State, 12/09/2024
(2) Ibidem
(3) Discriminatory U.S. sanctions and Fallacious Assertions on Pakistan’s Missile Program, Institute of Strategic Studies Islamabad, 30-12-2024
(4) Trump 2.0 Appears Unfavorable for Pakistan – The Diplomat, 21/01/2025 18:37 https://thediplomat.com/2024/11/trump-2-0-appears-unfavorable-for-pakistan/ 4/8
Mots clés,
Pakistan, Islamabad, Shaheen, Ababeel, Prolifération Sanction, Jon Finer,