Xi : "Joe, relax!"

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L’exercice militaire qui a réuni du 2 au 4 juin 2022 des forces américaines et sud-coréennes et qui a vu le porte-avion nucléaire USS Ronald Reagan croiser au large de la Corée du Nord a eu pour conséquences un brusque regain des tensions. Il n’a pas seulement été suivi, à peine l’exercice terminé, par une très violente réaction de la Corée du Nord : le tir de huit missiles balistiques ayant valeur de semonce nucléaire, mais il a été jugé insupportable par la Chine qui s’est vue indirectement visée. Son ressenti a été tel que le Global Times a été jusqu’à écrire : « Tant que le continent nord-américain sera sûr, les États-Unis créeront de de l’instabilité dans le monde entier ». Pour l’heure, encore un avertissement sans frais.


FAITS


La tension est encore remontée dans la péninsule coréenne au lendemain de l’exercice à grande échelle qui a réuni du 2 au 4 juin 2022, à proximité des côtes nord-coréennes, des armées américaine et sud-coréenne, avec la participation de l’USS Ronald Reagan. Cette présence d’un porte avion, une première depuis 2017, a déclenché, le 5 juin, le tir de huit missiles balistiques par la Corée du Nord et la multiplication d’articles menaçants dans la presse chinoise, marquant l’irritation de Pékin.
 

ENJEUX


Un avertissement sans frais adressé aux États-Unis par la Chine qui ne souhaite pas se voir entrainée dans une nouvelle guerre froide.
 
 

COMMENTAIRES PROSPECTIFS


Sur la péninsule coréenne, c’est l’escalade. Selon l’agence nord-coréenne Yonhap, c’est en réplique à l’exercice militaire conjoint des forces sud coréennes et du groupe aéronaval accompagnant le porte avion nucléaire Ronald Reagan que la Corée du Nord a lancé, le 5 juin 2022, huit missiles balistiques de courte portée dans la mer du Japon.

Il ne s’agissait pas une banale riposte, mais d’une sévère mise en garde nucléaire. Avec le lancement coordonné de missiles balistiques depuis quatre sites différents, la Corée du Nord a démontré sa capacité d’attaque par saturation1. Des tirs auxquels ont répondu dès le lendemain, une salve conventionnelle d’un nombre égal de missiles à courte portée tirés par les alliés sud-coréen et américain.
 
Pour les autorités chinoises, les États-Unis sont à l’origine de ce grave regain de tension. Lors de son déplacement à Séoul le 20 mai 2022, Joe Biden a su convaincre le nouveau gouvernement sud-coréen d’adopter une ligne dure à l’égard de la Corée du Nord. Il est clair que ni les États-Unis, qui mettent en avant des conditions qu’ils savent inacceptables par Pyongyang, ni le nouveau gouvernement sud-coréen, qui en est à réenvisager la frappe préventive des sites de missiles nord-coréens, le Kill Chain system2, n’ont l’intention de négocier pour réduire les tensions.
 
Mais ce n’est pas seulement la Corée du Nord qui se trouve ici visée. Selon les experts chinois cités par le Global Times, Washington veut transformer le voisinage de la Chine en « poudrière », et ce raidissement, cette montée en température dans les régions proches de la Chine, s’inscrit dans la stratégie mondiale de puissance des États-Unis. On ne voit là qu’une facette de manœuvres déstabilisantes à l’échelle mondiale. D’après eux : « les États-Unis encouragent les pays à se livrer à des guerres par procuration encore et encore, en créant des problèmes contre l’Iran, la Corée du Nord et d’autres pays ». « Les États-Unis ont déjà semé la pagaille en Europe en diffusant la théorie de la menace russe, et maintenant ils diffusent la théorie de la menace chinoise dans la région Asie-Pacifique dans l’espoir d’unir leurs alliés dans la région pour contenir la Chine3 ».
 
Face à ce qu’il considère comme des provocations, Pékin ne restera pas les bras croisés. Il porte un diagnostic qui s’accompagne d’une menace. « Les États-Unis créeront de de l’instabilité dans le monde entier tant que le continent nord-américain sera sûr. »
 
Un avertissement que les États-Unis devraient prendre au sérieux, puisqu’au même moment la Chine est confortablement installée dans les Caraïbes où elle prend progressivement la place du Royaume-Uni4. Active, entre 2005 et 2020, elle a engagé plus de huit milliards de dollars sur des programmes relatifs aux transports, aux exploitations minières et à l’agriculture. Elle s’est également déployée en Amérique latine dont elle est le deuxième plus grand partenaire commercial et qui est la deuxième destination de ses investissements à l’étranger. Des pays heureux de nouer avec la Chine des liens fondés sur le respect mutuel plutôt que pollués par une idéologie qui sous-tend des objectifs géopolitiques. Il ne doit pas y avoir de malentendu, « les États-Unis ne pourront pas utiliser le sommet des Amériques pour saboter les liens Chine-Amérique latine5 . » Et d’enfoncer le clou : « Toute tentative de pousser l’Amérique latine dans la direction d’une nouvelle guerre froide sera vouée à l’échec. »
 
Mais ce n’est pas le plus inquiétant. En plus de ses innombrables partenaires parmi lesquels le Venezuela dont elle est proche et qu’elle va jusqu’à approvisionner en armes, la Chine a un allié, Cuba. « Un bon frère, un bon camarade, un grand ami », un point d’ancrage à proximité des États-Unis. La Chine est à présent le premier partenaire commercial de la Havane ainsi que sa première source de technologies. C’est avec la compagnie pétrolière chinoise Great Wall Drilling, que Cuba exploite les gisements enfouis à grande profondeur au nord-ouest de l’île. Pour assurer la survie du régime communiste, la Chine s’est substituée à la Russie ruinée. Nouvelle grande sœur, avec Cuba elle est en mesure de redonner vie à des structures révolutionnaires pour porter atteinte au bon ordre américain.
 
Où en est-on ? Pour l’heure, ce ne sont que des menaces, certains iront jusqu’à dire des admonestations. Mais il ne faut pas s’y tromper, au Nord comme au Sud, prête à donner des coups de griffes, la Chine presse l’Amérique de Joseph Robinette Biden de revenir à la raison et de changer de ton. Joe, Relax !

Edouard Valensi, Asie21
Edouard.valensi@gmail.com


 
(1)   Cf. Asie21 n° 160/2022-04 Corée du Nord – Corée du Sud : Une médiation nucléaire ? Pourquoi pas
(2)   Système de frappes préemptives de la Corée du Sud
(3)   China urges calm following missile launches in Korean Peninsula, as US continues to light powder keg, Global Times, 06/06/2022
(4)   Cf. Asie21 n° 161/2022-05 Chine - États-Unis : La Chine dans le confort, aux Caraïbes
(5)   US won’t be able to use summit to sabotage China-Latin America ties, Global Times, 06/06/2022

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